Jour 18 : Les filles de la Mother road 

7h00


On fait un check out express comme deux voyous en cavale. Aujourd’hui il faut se taper plus de 700 kms jusqu’à Los Angeles en passant par la route 66, alors pas le temps pour les formalités. La chambre d’hôtel à Williams était miteuse. On aurait dit que les murs n’avaient jamais vu la lumière du jour. Le genre de planque idéale pour les bandits dans les films. Heureusement, ça ne m’a pas empêché de faire une bonne nuit. On file en direction d’Oatman, une ancienne ville minière cachée dans les montagnes où serpente la route 66. Un mythe s’éteint lorsque je me rends compte que la route 66 n’existe plus à proprement parlé.

Aujourd’hui, il s’agit d’un d’itinéraire historique qui préserve son passé et garde son caractère authentique grâce à quelques tronçons. Alors que nous sommes cernées entre l’asphalte qui se déroule devant nous comme un sparadrap géant collé vers l’horizon et les plaines désertes étendues de l’Arizona, Ingrid me demande de m’arrêter au Hackberry General Store. Il s’agit d’une ancienne station essence reconvertie en boutique de souvenirs égarée au milieu de nulle part.  



Nous voilà seules, en tête à tête avec ce musée historique à ciel ouvert orné de tous les clichés imaginables sur la route 66. Pompes à essences d’époque, cadavres des vieux modèles de voitures, publicités vintage, les distributeurs de sodas et les vieux frigo débranchés depuis longtemps rouillés et jaunis par le temps, les plaques route 66 clouées partout… Tout a l’air authentique, chargé d’histoire et résistant au temps comme si la flamme de la magie refusait de s’éteindre. L’ambiance est très particulière, renforcée par le silence pesant des environs. Le vent souffle doucement, c’est comme entendre chaque objet respirer. C’est limite si j’aurais juré voir le mannequin indien à échelle humaine assis sur un banc bouger son regard vers moi.



D’un coup, un chat surgit du décor et tente de négocier des caresses faisant taire mon imagination. Il est bien costaud et docile, sûrement le chat des propriétaires. Évidement il a eu le droit à ses papouilles. Je l’ai même baptisé Fluffy Senior a cause de sa ressemblance avec le vrai père de Fluffy.

D’une main hésitante mais déterminée, je pousse la porte d’entrée pour pénétrer dans le magasin. L’intérieur est sombre et dégage une senteur particulière, une sorte d’odeur de transpiration d’objets anciens. En face de moi, c’est une mine d’or pour les collectionneurs amateurs de la route 66. Idéal pour repartir avec un petit souvenir. La femme qui tient la boutique a mis un temps fou a surgir de l’ombre, on se croyait vraiment seules. On lui achète deux trois bricoles sans parvenir à lui arracher un sourire et on repart laissant une trace de notre passage à cet endroit atypique. 



Le râle du moteur essence de la Toyota résonne contre les parois des montagnes sur la route vers Oatman. La montée du col est rude et exiguë, la voiture semble me pousser un coup de gueule pour cet effort. Le paysage est un doux mélange de montagnes et de désert à la sauce américaine. Le chemin est étroit comme pour dissuader les curieux voyageurs. Je pilote prudemment mais avec assurance, la conduite à flan de montagne ça me connaît maintenant. J’aperçois une vieille voiture détruite nichée sur la côte de la paroi rocheuse. Elle semble être le seul témoin restant d’un accident dramatique qui a eu lieu des années auparavant.



 Nous arrivons à Oatman où le soleil dégage de la chaleur en haut régime. On se gare avant l’entrée du village, c’est toujours mieux et plus respectueux de stationner en retrait. Comme annoncé, le village fait très western avec ses bâtiments typiques du far west taillés de bois. Des ânes en liberté amusent les passants. Personnellement j’essaie un peu de garder mes distances malgré une tentative de timide caresse. Je préfère laisser ces animaux en paix. Le village dégage un réel folklore de la ruée vers l’or, je ressens toute l’âme d’une ville minière. Nous avons même pu entrer dans l’antre sombre et ténébreuse d’une mine. 



Les lieux stimulent mon imagination, mon cerveau est chahuté par un ouragan de scénarios. Je m’imagine vêtue d’un chapeau et de santiag, la ceinture alourdie d’un Colt, poussant les portes battantes du saloon pour commander un whisky bien serré. Dommage que des voitures soient stationnées le long de Main Street. Malheureusement ça vient freiner le saut dans le temps qui aurait pu offrir une immersion totale dans le monde des cowboys. Nous tournons le dos d’Oatman pour retourner vers la voiture, quittant cette parenthèse originale et particulière. J’ai le sourire étiré jusqu’aux oreilles. Quelle chance d’avoir pu découvrir un tel endroit.



A présent, il faut parcourir le long tracé restant jusqu’à Los Angeles en empruntant l’interstate 40. La suite n’est qu’un balai de chassé croisé entre les automobilistes et les routiers. C’est un trajet long et lent. La voiture semble peiner comme s’il y avait dans le coffre toute la masse de souvenirs collectés depuis le début de notre voyage et le fardeau de devoir rentrer.

To be continued…


2 Comments

Matatoune · 15 juin 2019 at 7 h 45 min

Le retour, la fin toujours difficile …après avoir vécu tellement de choses différentes ! J’attends le(s) dernier (s) post et vais devoir arrêter moi aussi de voyager dans le Grand Ouest Bravo à l’auteur(e) : humour, choix du détail et sens du partage était au Rdv ! Bravo aussi au photographe !
A +

    Desplanssurloreiller · 17 juin 2019 at 9 h 56 min

    Merci pour ton suivi de tout les jours. On est tristes mais heureuses d’avoir pu faire voyager autant de monde à travers nos articles et surtout à travers les mots d’Aurelie. Moi je n’ai fais qu’imager… Le dernier article sur L.A arrivera plus tard car nous avons préféré profiter sur place des derniers moments 🙂 A la prochaine pour. d’autres aventures 😁

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