De Marrakech aux cascades d’Ouzoud

En général quand tu visites une grande ville, la première chose qu’on te dit c’est qu’elle n’est pas représentative du pays où elle se situe. Je suis sûre que tu connais le refrain : New York ce n’est pas les Etats-Unis, Paris ce n’est pas la France, Edimbourg ce n’est pas l’Ecosse etc etc. « Marrakech ce n’est pas le Maroc ». Comme un vieux tube des années 80 qui passe en boucle sur Nostalgie, cette phrase s’est glissée dans mes oreilles pour se loger dans un coin de ma tête et y jouer sa mélodie. Durant notre visite de Marrakech, elle accompagnait mes pensées et me préoccupait. J’avais comme un sentiment de frustration, un défaut pesant de curiosité.

 

« Marrakech ce n’est pas le Maroc » mais alors … C’est quoi le Maroc ? Le « vrai » Maroc ?

 

Programmer une excursion vers les cascades d’Ouzoud, c’est s’évader des murs ocres et du capharnaüm marrakchi pour répondre à l’appel de l’Atlas. Il faut environ 2h de route pour découvrir ce trésor naturel du royaume. Se rendre aux cascades vous oblige à vous enfoncer dans les terres et dans les montagnes en vous laissant guider par les plus petits tracés de votre carte. Je crois que c’est ça que les gens entendent par « le vrai Maroc », s’éloigner des grandes villes et partir à la découverte de petits villages et endroits atypiques où, entre charme authentique et tradition culturelle, le Maroc dévoile ses coulisses et son intimité. C’est au petit matin que nous rencontrons notre chauffeur privé, Medhi, qui nous mènera vers les cascades. Le soleil ressemble à une petite bille de marbre qui brille timidement dans le ciel mais la journée s’annonce belle. Derrière nous, Marrakech s’efface laissant derrière elle son vacarme et son agitation. Le tapis de route qui se déroule devant nous semble nous emmener vers l’inconnu. Nous quittons la route principale pour nous engager dans une départementale, l’excitation me gagne.

 

Ouzoud

Des champs à perte de vue bordent les routes. Il n’est pas rare de croiser des ânes qui tractent des charrettes dans lesquelles les paysans entassent des récoltes. Des bergers surveillent leurs moutons ou les guident vers je ne sais où. Je tourne ma tête pour regarder vers l’autre fenêtre. Je vois deux femmes, chargées de sacs de courses, qui traversent à pieds l’océan de terre qui s’étale devant mes yeux. J’ignore où elles se rendent. Nous passons par des petits villages isolés. Notre voiture attise la curiosité des gamins qui occupent les bords des routes. Nos regards se croisent, je sens beaucoup de pauvreté, ça me fait un pincement au cœur. Dans les plus grandes villes on croise des magasins de ferrailles et beaucoup de garages et d’ateliers de réparation mécanique. Les boucheries sont enguirlandées de corps de bétail suspendus à l’air libre.

 

 

Après plus d’1h30 de route, nous nous trouvons désormais à flan de montagne sentant que nous nous rapprochons des cascades. Sur les collines, on aperçoit des villages berbères aux habitations rudimentaires, un mélange de bois, de taule et de bâches. La route serpente au cœur des massifs, le paysage est magnifique. Un coup de clignotant plus tard et nous voici dans un parking terreux où les voitures côtoient de la volaille et des poubelles. Nous sommes arrivées ! Nous sommes très vite abordées par des jeunes guides mais nous déclinons gentiment leurs propositions car nous avons Medhi pour nous montrer le chemin. Au loin j’entends comme le bruit d’un petit ruisseau nerveux qui chahute seul dans son lit. Très vite on arpente un chemin d’escaliers très bien tracé et propre, jonché par des restaurants et des boutiques garnies de produits artisanaux berbères. Le bruit du petit ruisseau nerveux se transforme en râle d’un torrent hargneux. Nous croisons des singes magots, certains vendeurs de cacahuètes espèrent nous soutirer quelques dirhams en échange de cette denrée prisée par les singes mais nous refusons. Nous prenons quelques photos en respectant la tranquillité de ces petites bêtes suffisamment importunées par les touristes pour que nous en rajoutions.

 

 

Nous continuons de descendre les escaliers qui mènent aux pieds des cascades, nos narines sont titillées par l’odeur qui se dégage des tajines préparés sur place dans les restaurants berbères. Soudain, le rideau de la cascade se dresse devant moi comme un voile blanc tourmenté. L’eau se fracasse sur trois paliers de la cascade, au milieu de grès rouge, avant de se jeter dans son bassin et de rejoindre la rivière de l’Oued. C’est très impressionnant. Aucune photo ne rend justice à une telle puissance, une telle force et une telle beauté. En contre bas, un arc-en-ciel permanent transperce la brume formée par la cascade et apporte une touche de magie au lieu. Nous continuons notre descente, le chemin est partiellement arrosé par des gouttes d’eau qui se sont perdues en chemin. Arrivée en bas je lève la tête, je suis dominée par des jets qui dégueulent toute leur puissance sur 110 mètres de hauteur. Dans le bassin circulent des bateaux qui embarquent des touristes désireux d’approcher au plus près le point de chute des cascades.

 

Ouzoud

Ouzoud

Ouzoud

 

Après quelques clichés et une longue phase d’observation nous remontons les escaliers. Nous dégustons un bon repas berbère et nous rebroussons chemin vers le haut de la vallée afin d’aller observer le site depuis ses hauteurs. Mehdi nous donne les instructions de cette partie de la visite et nous demande de le rejoindre à la voiture dès que nous avons terminé. Là-haut, la vue est splendide. La vallée se dénude et se perd dans un horizon mystérieux et envoutant. Nous décidons de longer les côtes du site, en contre bas on devine l’agitation touristique qui contraste avec le calme régnant dans ses hauteurs. Nous traversons des oliveraies où juste le son d’une petite rivière vient troubler le silence. Ici le temps semble suspendu. On entend même plus le bruit de la cascade. Il y a comme une ressemblance avec l’idée d’un petit paradis. C’est doux et chatoyant comme un cocon naturel à la fois verdoyant et cotonneux. Bon j’avoue là on s’était un peu perdues, on a du revenir sur nos pas plusieurs fois avant de trouver le chemin du parking.

 

 

Nous retrouvons Medhi dans sa voiture, un demi tour et un au revoir on repart d’une sacrée escapade. Je tiens à préciser que nous nous y sommes rendues en période de hors saison touristique. En période estivale je n’ose imaginer comment cela doit être pénible d’apprécier correctement et à sa juste valeur la beauté des lieux. Je regrette justement l’aspect mercantile qui rode dans le site, on sent bien qu’ici le tourisme est un juteux commerce. Je n’en veux pas aux locaux, ils se débrouillent avec leurs armes.

 

Pourtant durant cette journée j’ai pris une claque. Oui. Une claque mais pas à cause des cascades.

 

Nous avons, au cours de notre excursion, traversé des lieux dont nous ne souvenons même pas des noms. Des villes et des villages qui ne retiennent pas l’attention des touristes car elles n’ont rien à leur offrir. Pourtant, c’est sûrement ce qu’on essayait de me faire comprendre quand on me parlait de « vrai Maroc ». Le berger qui peut rester des heures et des heures assis sur un rocher à surveiller ses moutons. Ces femmes qui parcourent des kilomètres avec des sacs remplis de courses pour ravitailler leurs familles. Les agriculteurs, dans les champs, avec leurs ânes, qui sèment et récoltent. Ou encore les regards de ces enfants que j’ai croisés.

 

 

Les cascades sont magnifiques en soit mais c’est une erreur d’ignorer ce qu’il y a autour.
Aussi, je souhaite à tout le monde d’entendre l’appel du cri des montagnes. Je souhaite à tout le monde de se perdre dans une oliveraie et de sentir toute la sérénité qu’il s’y dégage. Je ne connais sûrement toujours pas le Maroc car nous n’avons fait que suivre une route mais une chose est sure : après cette journée il m’aura donné un petit bout de lui qui laissera une grande marque en moi.

 

Aurélie

 

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4 Comments

AuroreVoyage · 4 août 2018 at 9 h 54 min

Très joli article, plein d’émotions ! Nous avons l’envie d’un road trip d’une quinzaine de jours au Maroc. Prendre la route et découvrir cet incroyable pays. Merci pour cet avant gout 😉

    Desplanssurloreiller · 8 août 2018 at 14 h 37 min

    Merci Aurore ! C’est vrai que le Maroc, comme l’écrit Aurelie vaut vraiment le détour si on prend la peine de s’enfoncer un peu dans les terres et de voir ce qu’il y a en plus des grandes villes. On a vraiment été touché, attristé de voir comment certains pouvaient avoir si peu sans pouvoir faire quoique ce soit. D’ailleurs j’aurais aimé voir un peu plus que par ma fenêtre mais nous ne sommes pas restées assez longtemps ! J’espère que votre road trip vous en mettra pleins la vue aussi ! N’hésitez pas à aller dans l’Atlas en tout cas 😊

Adeline · 11 août 2018 at 17 h 57 min

Superbe article 🙂 Il me rappelle les sensations que j’ai eu en traversant certains pays d’Afrique, les petits villages qui représentent une vie parallèle aux grandes villes qu’on connaît le plus. Après Marrakech c’est le Maroc, autant que les petits villages, ça en fait l’identité, un peu comme Paris chez nous qui est autant la France que Guéret 😀 Ça fait toute la richesse… Enfin j’imagine, je ne connais le Maroc qu’à travers les récits que j’en lis ^.^

    Desplanssurloreiller · 13 août 2018 at 7 h 43 min

    Merci Adeline 😊 ! J’imagine effectivement que ça doit être un peu pareil partout et d’autant plus en Afrique ou l’on connaît souvent certains pays qu’à travers certaines de leurs grandes villes en oubliant le reste. C’est vraiment une sensation particulière que de passer de l’un à l’autre mais d’autant plus enrichissant et parfois les petits villages nous en mettent aussi pleins les yeux 😊

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